Pourquoi vous n’avez (toujours) pas acheté de bitcoins

Capture d’écran 2021-04-01 202302
Carrière & Entrepreneuriat Investissement personnel

Pourquoi vous n’avez (toujours) pas acheté de bitcoins

 

Le 8 février 2021, la SEC, considérée comme le gendarme de la bourse aux Etats Unis, rend public un document. Le monde entier y découvre que pendant le mois de janvier dernier, l’entreprise Tesla a acheté des bitcoins pour 1,5 milliard de dollars. Dans la foulée, Elon Musk, le PDG de Tesla, annonce que ses futurs clients pourront payer leurs voitures en bitcoins.

Evidemment, la nouvelle va faire l’effet d’une bombe sur les marchés financiers.

Pour preuve : 2 jours plus tard, le cours du bitcoin explose jusqu’à atteindre un seuil historique : le mercredi 10 février, 1 bitcoin se négocie à 45 000 dollars. A ce stade, selon un analyste financier de Wedbush Securities, cet investissement aurait déjà rapporté à Elon Musk environ… un milliard de dollars. C’est plus que ses profits provenant de ses ventes de voitures électriques en 2020. On se retrouve donc dans une situation où la valeur du bitcoin a progressé de 1 100 % depuis mars 2020.

Certains individus qui ont investi l’année dernière ont vu leur investissement prendre près de 1000%. Pourtant, d’autres ont évité d’investir dans le bitcoin à ce moment-là et s’en mordent probablement les doigts.

Aujourd’hui, on va se demander ensemble ce qui a pu faire que certains individus se sont rué sur l’investissement, tandis que d’autres sont passés à côté de ces rendements hors du commun.

Le pire, c’est que l’investissement de Tesla qui a entrainé la hausse historique du bitcoin n’est pas sorti de nulle part.

En réalité il y avait quelques signes qui laissaient présager ces chiffres astronomiques. Bien sur, ces signes à eux seuls ne suffisaient pas à prédire la situation actuelle, mais ils étaient annonciateurs de ce qui se tramait.

  • Déjà, Elon Musk, qui est connu pour sa communication fantasque et cryptique, a pendant le mois de Janvier laissé un indice sur twitter. Le 29 Janvier, il avait remplacé sa bio twitter par le « #bitcoin ». Ca avait fait bondir le cours du bitcoin de plus de 14%.
  • Toujours sur twitter, pendant un échange de twits avec un investisseur de bitcoins très connu, Michael Sailor, il lui avait demandé si des transactions à hauteur de plusieurs milliards de $ étaient possibles en bitcoin. Regardez la réponse de Sailor : il propose à Elon Musk de passer en privé pour lui partager ses astuces.
  • Enfin il faut aussi savoir que Tesla n’est pas la première entreprise d’envergure à investir dans le bitcoin. C’était arrivé en octobre 2020, quand Square, la société de paiement électronique fondée par le patron de Twitter, Jack Dorsey, a investi 50 millions de dollars pour acheter du bitcoin.

Maintenant, je vous arrête tout de suite : ceci n’est pas du tout une vidéo pour vous convaincre d’acheter du bitcoin. C’est un actif volatil et sur lequel il faut s’informer, et d’ailleurs depuis ces péripéties son cours a chuté. Moi je veux que vous vous questionniez aujourd’hui sur les mécanismes qui vous influencent quand vous êtes confronté au risque.

Je vais vous aider à questionner :

  • ce qui vous empêche d’agir à chaque fois que vous êtes confronté à un dilemme.
  • Et ce qui vous immobilise à chaque fois que vous devez prendre ou pas une décision que vous jugez risquée mais qui pourrait vous rapporter énormément.

Bref, on va parler de votre aversion au risque.

Evidemment, nous sommes toutes et tous averses au risque.

Mais aujourd’hui on va apprendre à reconnaitre 3 biais qui consolident cette aversion au risque naturelle.

Ce qu’il faut que vous compreniez c’est que cette peur du risque influence presque tous les aspects de votre quotidien. C’est elle qui peut expliquer par exemple:

  • pourquoi vous n’avez jamais osé tenter votre chance avec cette personne avec qui vous saviez qu’il se passait quelque chose de très fort
  • pourquoi vous n’avez toujours pas investi dans l’immobilier
  • pourquoi vous n’avez pas quitté votre travail actuel alors que vous avez une idée de business en tête depuis 5 ans
  • ou pourquoi vous avez mis autant de temps à quitter votre ex

J’ai évoqué l’exemple de l’investissement d’Elon Musk en bitcoin parce qu’il est assez parlant. Il en révèle beaucoup sur la psychologie du personnage et la manière dont il agit lorsqu’il est confronté au risque. Si vous revenez sur la conversation twitter que je vous ai montrée entre Musk et Sailor, on sent bien que Musk a flairé une opportunité risquée. Qu’est-ce qu’il fait à ce moment?

  1. 1ere étape : il s’informe directement à la source. Et quand je parle de la source, vous pouvez regarder par vous-même : on parle d’un PDG qui a le symbole bitcoin dans sa bio et en photo de couverture.
  2. 2e étape : une fois que les informations qu’il a rassemblées ont dissipé sa perception du risque, il investit.

Evidemment on est pas tous Elon Musk et c’est probablement plus facile de prendre un risque quand on est milliardaire. Mais c’est important de s’inspirer de son processus d’action. Musk a compris que pour dissiper ou confirmer un risque que l’on perçoit, il faut s’informer et prendre de la hauteur.

Pour prendre cette hauteur, il faut que vous appreniez à identifier les biais qui vont falsifier votre perception du risque et vous empêcher de l’évaluer pour ce qu’il est.

Aujourd’hui je vais vous en donner 3.

Ca va vous permettre de prendre conscience des schémas de pensée qui vous empêchent de prendre une décision claire et qui vous laissent dans l’entre deux perpétuel du « et si ». En éliminant peu à peu les « et si », vous allez pouvoir libérer de l’énergie mentale pour vous reposer et surtout pour agir.

 

1er biais : le biais de statu quo

 

Le concept de biais cognitif a été créé au début des années 1970 par Daniel Kahneman, qui a obtenu le prix Nobel en économie en 2002. Etudier les biais cognitifs les plus courants, ça va vous permettre d’expliquer certains schémas de pensée qui vous empêchent d’évaluer rationnellement une situation.

Et qui dit inaptitude à évaluer une situation dit :

  • inaptitude à évaluer son risque.
  • Et inaptitude à évaluer l’action à prendre face au risque.

Le premier biais qui peut orienter votre perception du risque, c’est le biais de statu quo. Le biais de statu quo, c’est la tendance qu’on a tous à préférer laisser les choses telles qu’elles sont. C’est un biais qui fait qu’on va percevoir le changement comme apportant plus de risques et d’inconvénients que d’avantages possibles. Musk en a lui-même été victime de son propre aveu, puisqu’il a déclaré en interview qu’il avait été « long à la détente » pour investir dans les cryptomonnaies.

Vous pouvez en tirer un conseil très simple :

La prochaine fois que vous êtes amené à évaluer une action possible, posez-vous la question suivante :

  • Est-ce que vous percevez cette action comme désagréable à cause de ses conséquences possibles ?
  • ou est-ce que votre aversion est simplement liée au changement que cette action va produire ?

Reprenez l’exemple du bitcoin :

  • est-ce que vous n’en achetez pas parce que vous vous êtes informés en détails sur la volatilité et le risque de l’actif, parce que vous pensez que c’est une bulle qui va s’effondrer?
  • Ou bien est-ce que vous n’en achetez pas parce que ça vous parait désagréable d’aller chercher ces informations ?

Moi c’est mon cas par exemple : la raison pour laquelle je n’ai pas acheté de bitcoin, c’est parce que dans ma tête la démarche d’information et d’achat a un coût que je perçois comme étant démesurément désagréable.

Alors qu’en vérité ça n’est probablement pas si rébarbatif que ça ; mais ma perception de la réalité est biaisée par le biais de statu quo. Evidemment, ça ne s’applique pas du tout qu’au bitcoin et vous pouvez décliner ces interrogations dans de nombreuses situations.

Votre vie amoureuse est un excellent exemple de ça :

  • est-ce que vous n’avez pas abordé cette personne qui vous plait parce que vous avez évalué objectivement les conséquences possiblement négatives d’un éventuel refus?
  • Ou bien est-ce que l’idée de l’aborder vous est inconfortable parce que dans le cas où la personne accepte, votre vie va connaitre un changement ?

C’est important que vous vous posiez ces questions dans tous les domaines de votre vie pour essayer de déceler à quel point votre prise de décision est influencée par ce biais de statu quo.

C’est la première étape pour vous émanciper un peu de ce biais.

 

2e biais : le biais de normalité

 

Le biais cognitif de normalité, c’est votre tendance à penser que tout fonctionnera dans le futur comme ça fonctionne aujourd’hui, et comme ça a fonctionné dans le passé. C’est un biais qui vous empêche d’identifier des ruptures et des changements majeurs, qu’ils soient

– civilisationnels,

– techniques

– ou personnels.

C’est le biais de normalité qui explique que vous n’avez pas vu venir ni la pandémie de coronavirus, ni le raz de marée tik tok, ni votre dernière rupture.

On va reprendre l’exemple du bitcoin. Dans le cas des cryptommonnaies, certains experts expliquent qu’on est en train de vivre un véritable changement civilisationnel pour diverses raisons. C’est notamment le cas du chercheur Saifedean Ammous dans son livre L’Etalon-Bitcoin: L’alternative décentralisée aux banques centrales.

  • Dans les changements majeurs à venir, certains avancent le fait que les cryptomonnaires se passent des banques et remettent en question leur rôle dans l’économie de demain
  • Il y a aussi les Gafam qui se lancent sur le marché, avec Facebook qui crée sa propre cryptomonnaie, le diem. On se retrouve avec l’éventualité d’une monnaie qui n’est pas contrôlée par un gouvernement mais par une entreprise privée.

Ce changement, on est en train de le vivre et pourtant tout le monde n’en prend pas nécessairement la mesure. C’est en partie lié au biais de normalité.

J’attire votre attention dessus parce qu’en vous empêchant d’anticiper des virages ou des bouleversements dans la situation actuelle, il vous retire tout votre dynamisme de pensée et vos capacités d’adaptation. Ca vous rend très perméable et vulnérable aux chocs car vous ne les voyez pas venir.

C’est le biais de normalité qui vous empêche de quitter le bateau avant que tout prenne l’eau. On ne peut pas s’en libérer totalement mais si je peux vous donner un conseil, c’est le suivant :

Entrainez-vous à décrire des situations en prenant le faisceau d’indices le plus large possible en compte pour pouvoir en avoir la vision la plus globale possible. Demandez-vous aussi comment la situation pourrait évoluer en fonction des indices que vous avez.

C’est important de vous poser ces questions dans votre vie professionnelle par exemple, pour pouvoir assurer vos arrières si un changement majeur advient.

Une fois que vous avez pris conscience de la manière dont vous pouvez être influencé par un biais de normalité, ça va changer radicalement la manière dont vous percevez votre vie.

Vous allez passer d’une vision de la vie statique qui subit les chocs à une vision dynamique, qui traverse les chocs.

 

3e biais : le biais rétrospectif

 

Enfin, 3e et dernier biais : le biais rétrospectif. Il désigne votre tendance à surestimer, une fois qu’un événement advient, à quel point vous l’aviez jugé prévisible ou probable.

Je vous donne un exemple : c’est ce biais qui vous fait vous exclamer « J’en étais sur ! » ou « Je le savais depuis le début » quand quelqu’un vous informe de quelque chose. Effectivement, vous y aviez peut être pensé, mais en vérité, vous n’étiez dans la plupart du temps pas certain que ça allait arriver. Mais pourtant, quand l’évènement arrive, le biais rétrospectif vous donne l’impression d’avoir réussi à prédire correctement.

J’attire votre attention sur ce biais parce qu’il peut vous pousser à surestimer vos capacités de prédiction d’un évènement. Ca peut donc vous amener à prendre des risques inconsidérés.

Un autre des dangers de ce biais c’est qu’il vous empêche de reconnaitre quand quelqu’un d’autre a su prendre un risque. Dans le cas du bitcoin, c’est ce qui va vous pousser à penser par exemple que vous auriez pu prédire ces rendements faramineux et investir si vous vous étiez motivé.

Vous avez l’impression que le dénouement était sûr, donc ça vous empêche d’identifier les mécanismes de succès des personnes qui prennent des risques et qui réussissent.

Quel conseil concret vous pouvez tirer de l’identification de ce biais ?

Déjà, la prochaine fois que vous êtes confronté à un dénouement qui vous apparait rétrospectivement comme certain, vous devez vous poser 3 questions :

  • 1ère question : Quelles informations j’avais à ma disposition avant de connaitre le dénouement ?
  • 2e question : Est-ce que ces données que j’avais à ma disposition avant que le dénouement ne survienne auraient pu entrainer un dénouement différent ?
  • 3e question : Comment est-ce que j’aurais pu influencer le dénouement avec les informations à ma disposition ?

Dans le cas d’Elon Musk, il n’hésite pas à influencer directement le dénouement de ses investissements en postant des tweets sur des entreprises qui font grimper de manière affolante le cours des actions.

Beaucoup s’interrogent d’ailleurs sur la légalité de telles pratiques. Surtout quand on sait qu’un seul de ses tweets a la capacité de faire bondir le cours d’une action de 527% en une journée.

Des créateurs ont même créé un service payant qui s’appelle Elon Stocks et qui vous envoie une notification quand Elon Musk tweete sur une entreprise côtée en bourse, afin que vous puissiez investir avant que le cours explose.

C’est un exemple anecdotique, on est loin d’avoir les capacités d’influence d’Elon Musk. Mais il n’en reste pas moins que vous avez un outil précieux à votre disposition : votre capacité à identifier quand le biais retrospectif vous fait surestimer la prédictabilité d’un évènement passé.

Ca va vous permettre d’analyser avec beaucoup plus de justesse les rouages qui ont entrainé un succès notable.

Et je vous le répète souvent mais c’est très important que vous appreniez à faire du retro engineering en analysant les mécanismes qui expliquent le succès des personnes qui vous inspirent.

J’espère que vous garderez en tête ces trois biais, parce qu’ils peuvent être à la racine de beaucoup de prise ou de non prise de décision dans nos vies.

Vous devez vous entrainer à les identifier parce que ca va vous permettre de beaucoup moins subir leurs effets et surtout d’exercer votre esprit critique. Finalement, on s’en fiche que vous achetiez du bitcoin ou pas, l’important, c’est que vous compreniez bien pourquoi vous posez les actes que vous posez.

C’est qui va vous permettre de rendre vos jugements plus justes, vos actions plus libres, votre discernement plus aiguisé.

 

 

 

 

 

 

Laissez votre pensée ici

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *