4 techniques pour remporter un débat (Dupond-Moretti)

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4 techniques pour remporter un débat (Dupond-Moretti)

Aujourd’hui on va parler du mythe Dupond-Moretti. Et quand je dis mythe ça n’est pas à la légère : Dupond-Moretti c’est un type qui est considéré comme le Terminator des pénalistes de Paris.

Et c’est surtout un roi de l’acquittement : il en a plus de 145 à son actif. Avant qu’il devienne ministre de la Justice, vous l’avez entendu défendre des personnalités toutes plus sulfureuses les unes que les autres : les époux Balkany, Abdelkader Merah, Jerôme Cahuzac, Karim Benzema entre autres.

Ca a toujours été des procès extrêmement médiatisés, où il est allé radicalement à contre-courant de l’opinion publique. Et pourtant vous pouvez remarquer que malgré ses défenses controversées, il suscite une immense admiration. Il est respecté et traité avec révérence presque partout où il passe.

Ca peut sembler paradoxal quand on voit à quel point ses clients sont méprisés et détestés de l’opinion publique. En fait ce qui fait l’une de ses plus grandes forces, c’est que son métier l’a amené à maitriser à la perfection un art particulier :

L’art d’aller à contre-courant de ce que l’opinion publique juge juste tout en imposant le respect.

C’est ce qui fait qu’il a la fois représenté des affaires qui ont défrayé la chronique et qu’il met pourtant suffisamment de monde d’accord pour être nommé ministre de la Justice.

Aujourd’hui on va se pencher sur la machine Dupond-Moretti et sur certains des mécanismes qu’il utilise consciemment ou inconsciemment pour forcer l’admiration. Vous allez en tirer 4 principes à retenir si vous voulez imposer l’admiration sans être politiquement correct.

1. L’art d’évaluer le degré d’opposition nécessaire

 

La première chose qu’on peut noter, c’est que Dupond-Moretti n’hésite pas à s’opposer frontalement et à dire le fond de sa pensée quand il est en désaccord.

Ca fait que quand il arrive quelque part, sa réputation le précède et beaucoup sont dans l’attente d’un coup d’éclat. Mais en réalité les coups d’éclats arrivent très peu. Il n’en a pas besoin. Pour inquiéter ses interlocuteurs il lui suffit de faire planer un vent d’opposition en interpellant calmement la personne en face de lui par son nom.

Mais attention : ça serait une erreur de retenir seulement les techniques d’opposition frontales de Dupond-Moretti.

En vérité la plupart du temps il fait tout l’inverse :

Dupond-Moretti c’est quelqu’un qui tant qu’il le peut, va tout faire pour ne pas antagoniser son adversaire. Il veut le garder de son côté le plus longtemps possible.

C’est un principe que vous devez retenir si vous êtes face à quelqu’un qui semble en désaccord avec vous mais qui ne vous veut pas de mal. Ne l’aliénez pas pour rien, et au contraire, apprenez à en faire un allié.

Un des aspects que je trouve les plus puissants dans les échanges de Dupond-Moretti, c’est qu’il a l’élégance de reconnaitre quand son contradicteur formule un argument solide.

Si je peux vous donner un conseil, c’est d’apprendre à reconnaitre quand votre adversaire marque des points.

Si vous montrez que vous savez regarder des deux côtés du problème, ça ne va faire perdre de la force à vos arguments, bien au contraire.

Ca va montrer que vous ne tenez pas vos positions parce que vous ignorez les arguments de l’adversaire, mais au contraire, que vous avez forgé votre avis en ayant pris en compte les arguments adverses.

Un autre des aspects les plus remarquables des prises de parole de Dupond-Moretti, c’est sa politesse extrême qu’il garde en toute circonstance même quand il est en désaccord.

C’est son outil principal pour ne pas antagoniser ses contradicteurs. Si vous écoutez la manière dont il s’exprime quand il s’oppose frontalement vous remarquez qu’il ajoute systématiquement une formule de politesse.

Ca ne rate pas, il le fait vraiment à tous les coups. Ça se retrouve tellement souvent chez lui que c’est presque un tic de langage.

En plus de sa politesse il n’hésite pas à flatter copieusement ses adversaires. Ca lui arrive très souvent de souligner l’éthique de travail des journalistes qui l’interrogent par exemple.

Il coupe peu la parole mais s’il le fait, il s’excuse systématiquement.

Ca peut paraitre presque bizarre la quantité de formules de politesses qu’il incorpore dans ses échanges.

Mais en fait non seulement ça lui permet de ne pas antagoniser ses contradicteurs, mais en plus, ça crée un cadre de politesse et de respect. Et ça devient plus difficile pour les journalistes de lui manquer de respect ou de le coincer quand ils sont entrainés dans ce cadre de politesse.

C’est quelque chose que vous pouvez retenir quand vous avez envie de créer un cadre où on vous traite avec respect : la politesse et la fermeté sont vos meilleurs alliées.

A partir du moment où vous ne vous autorisez pas la familiarité ou le manque de respect ça crée des normes implicites que les personnes en face de vous vont se sentir obligées de respecter.

Finalement chez Dupond-Moretti, l’opposition est une question de dosage savant. Il sait être conciliant dans ces moments tendus en allant vers ses adversaires, mais a contrario il n’hésite pas à s’opposer très vivement dans des contextes plus légers.

Sa ligne directrice, c’est d’être le plus conciliant possible, tout en ménageant des espaces imprévisibles où il peut changer de ton pour déstabiliser la personne en face de lui.

 

2. Apprenez à susciter l’adhésion de votre public

 

Si vous tenez des positions controversées, ou dans le cas de DM, si vous défendez des figures détestées par l’opinion publique, vous avez intérêt à comprendre comment susciter l’adhésion de votre public.

Je pense qu’il y a quelque chose qui distingue particulièrement DM des autres figures médiatiques et même des autres membres du gouvernement :

Contrairement à la majorité des gens, il sait se montrer très vulnérable en public et il admet très facilement être affecté ou ému.

Ca lui permet de s’humaniser et de créer un mécanisme d’identification fort avec ceux qui l’écoutent. Il n’hésite pas non plus à impliquer tout son auditoire en interpelant les personnes qui l’entourent. Ce sont des procédés qui lui permettent de fabriquer de l’empathie et de l’adhésion presque sur commande.

Regardez les réactions de ses interlocuteurs : vous pouvez remarquer qu’il obtient des feedbacks presque immédiats quand il les implique.

Si jamais son auditoire n’est toujours pas convaincu, alors Dupond-Moretti sort sa carte secrète : il va forcer l’accord de son public.

De manière soft, ça passe par son fameux clin d’œil. Ca n’est pas un hasard si c’est un geste qu’il affectionne : le clin d’œil, ça suppose une entente, une complicité.

En clignant de l’œil, il laisse à voir à tout le monde qu’il existe une connivence entre son contradicteur et lui.

Mais si ça ne fonctionne pas, Dupond-Moretti n’hésite pas à arracher de manière magistrale l’accord de son adversaire par la force.

Ce que vous pouvez retenir de ce point, c’est qu’il y a une erreur à ne surtout pas faire quand on tient des positions ou qu’on défend des individus controversés.

Ne tombez pas dans le piège de penser que votre indépendance d’esprit vous permet de vous passer de l’adhésion de votre public. Parce qu’au contraire, c’est là qu’elle est la plus importante, et c’est elle qui va vous permettre de transmettre vos idées et de susciter l’admiration.

3. Ne vous revendiquez jamais « politiquement incorrect »

 

Ne tombez pas dans le travers de vous revendiquer haut et fort politiquement incorrect. C’est un écueil que j’observe souvent chez certaines personnes qui peuvent être assez indépendantes d’esprit par ailleurs. Le premier point à prendre en compte c’est que le concept de politiquement incorrect c’est imprécis et c’est relatif.

Et surtout c’est souvent sanctifié par des gens qui veulent à tout prix prouver que ce qu’ils disent ou ce qu’ils font va à l’encontre d’un ordre établi.

Ces gens-là vont avoir tendance à se présenter de manière un peu messianique et à traiter leurs contradicteurs de moutons

Ca n’est pas une manière très fine ou très nuancée de présenter vos idées, et ça risque de vous faire jouer sur un effet de dévoilement au rabais.

Dupond-Moretti par exemple n’affirme jamais qu’il est le seul à tenir une position.

Il ne dit pas « je suis le seul à dire ça », il va plutôt dire « je comprends qu’on ait un peu de mal à entendre ce que je dis car le contexte de l’époque n’y est pas favorable »

Et d’ailleurs finalement les prises de positions de Dupond-Moretti sont plutôt nuancées et consensuelles dans l’ensemble. Ce qui suscite vraiment la controverse, ça ne sont pas ses prises de positions, ce sont ses actions et les personnes qu’il a défendues.

Et pour contrebalancer ses actions, Dupond-Moretti sait résister à la tentation de provoquer. Surtout, il sait reconnaitre quand il ne sait pas ou qu’il se trompe. Ce que vous pouvez retenir, c’est qu’une personne vraiment indépendante n’a pas besoin de revendiquer ou de prouver qu’elle va à l’encontre des opinions dominantes de l’époque.

 

4. Cultivez votre indépendance

 

Mais vous vous demandez peut être comment concrètement devenir quelqu’un dont l’entourage reconnait l’indépendance.

C’est une qualité que beaucoup reconnaissent à Dupond-Moretti. S’il peut se permettre cette indépendance d’esprit, c’est parce qu’il a construit de ses mains une vie où il ne dépend de très peu de personnes pour assurer ses revenus.

Sa manière à lui de s’assurer une indépendance d’esprit sans faille, c’est sa profession d’avocat. Son métier lui permet de tenir à la télévision des propos directs parce que, contrairement à la plupart des personnes invitées sur les plateaux TV, il ne dépend pas de l’opinion pour vivre.

Cette indépendance se ressent depuis qu’il est entré au gouvernement même s’il a mis sa carrière d’avocat entre parenthèses. Il peut se permettre beaucoup parce qu’il sait que dans le pire des cas, il redevient avocat et reprend sa carrière fulgurante.

Il a réussi à se construire une situation où personne ne peut lui mettre une épée de Damoclès au dessus de la tête.

C’est quelque chose que vous devez retenir quand vous essayez de construire votre indépendance : pour donner à votre indépendance d’esprit les moyens de se déployer et d’être admirée, il faut que vous évoluiez dans un cadre où vous êtes le plus indépendant matériellement possible.

 

***

 

Finalement, quand on prend du recul sur l’exemple DM, on se rend compte que ce qui le rend aussi respecté et admiré malgré sa défense de figures controversées, c’est qu’il arrive à concilier des qualités apparemment irréconciliable :

Frontal mais conciliant,

Féroce mais poli,

Respecté mais vulnérable,

Indépendant mais qui met presque tout le monde d’accord.

Les mécanismes dont je vous ai parlé vont vous permettre de gagner en finesse et de susciter l’admiration de celles et ceux qui vous écoutent.

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