Comment réagir à la provocation : Juan Branco vs Eric Zemmour

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Charisme Gestion des émotions

Comment réagir à la provocation : Juan Branco vs Eric Zemmour

S’il y a une figure médiatique qui suscite des fantasmes depuis 2 ans, c’est bien Juan Branco.

Il s’est fait connaitre car il a été tour à tour l’avocat de Julien Assange, Jean-luc Mélenchon, de nombreux gilets jaunes, et plus récemment du youtubeur Marvel Fitness. Il a aussi publié en 2018 son livre Crépuscule, qui constitue un pamphlet contre Emmanuel Macron et les classes dirigeantes. Juan Branco est donc un personnage controversé. Par conséquent, il est très souvent pris à parti dans des débats publics.

La première chose qui marque quand on s’intéresse au personnage, c’est que c’est un débatteur hors pair. Quand vous regardez des extraits d’échanges avec ses adversaires politiques, il y a une chose qui saute aux yeux. Il a étudié tous les aspects des problèmes dont il parle. Et surtout il est capable d’en donner des gages précis.

Vous devez vous dire que ca n’est pas vraiment étonnant quand on sait qu’il est avocat. Il est habitué à connaitre ses dossiers sur le bout des doigts.

Mais ça n’est pas que sa précision qui fait que Branco est une machine de guerre en débat. En réalité, s’il y a bien une chose qu’on peut apprendre de lui, c’est sa capacité à répondre aux provocations de ses interlocuteurs.

Je pense même que Branco n’est pas particulièrement éloquent. Il n’est pas selon moi non plus le meilleur en attaque, même s’il reste bon. Mais tout son génie en débat, c’est de maitriser à la perfection l’art de la contre-attaque. Il est le meilleur quand il répond aux provocations de ses adversaires.

Dans l’extrait sur lequel on va se pencher ensemble, il est provoqué par deux adversaires assez redoutables : Eric Naulleau et surtout : Eric Zemmour.

On va voir qu’il arrive non seulement à rester parfaitement calme, mais carrément à retrourner les provocations à son avantage. Vous pourrez en tirer 5 conseils à appliquer quand vous êtes confrontés à une agression verbale.

Alors, comment s’y prend-t-il ?

 

1. Il maitrise parfaitement son langage non-verbal

 

Déjà ce qu’il faut que vous sachiez, c’est que Branco avait déjà été confronté à Naulleau, et le moins qu’on puisse dire, c’est ça ne s’était pas toujours très bien passé.

Dès les premières minutes de l’entretien, vous pouvez voir que Branco n’est pas du tout bavard. Cette réponse très laconique n’est pas habituelle chez Branco. Vous pouvez comparer avec ce début d’entretien chez Thinkerview où il répond à la même question par une longue tirade. La différence, c’est qu’il sait que sur le plateau de Naulleau et Zemmour, il risque d’être sujet à des provocations.

Donc :

  • Il est extrêmement concentré, dès le début,
  • Il ne se disperse pas

On le voit dès le début quand on regarde ses réactions à l’actualité : il est face à des gens qu’il méprise ou des gens qu’il admire et il reste complètement impassible. Mais ce qui le rend aussi charismatique, c’est qu’il arrive à concilier cette concentration extrême avec une DETENTE ABSOLUE dans son langage non verbal.

Sa première réponse donne le ton : vous pouvez voir qu’il est un peu avachi, il se gratte l’œil, il ne fait pas d’effort pour être éloquent. Ca contraste avec la concentration absolue dont il va faire preuve tout au long du clash. Ce que vous pouvez en tirer, c’est que quand vous êtes en situation tendue, c’est très puissant pour vous d’apprendre à allier concentration et relachement le plus total.

Vous allez donner l’impression que vous maitrisez la situation et que vous n’avez pas peur.

 

2. Il ne s’engage pas sur le terrain ad hominem

 

Une attaque ad hominem, c’est un procédé rhétorique qui consiste à attaquer personnellement votre adversaire pour discréditer ses idées. Branco va y être confronté tout au long de l’entretien. Dès le début, ses réponses donnent le ton : la présentatrice lui demande s’il se rêve gilet jaune, il répond sur la réforme des retraites avec des faits précis.

Ensuite Eric Naulleau prend la parole, et il semble bien décidé à se farcir Branco. Là Naulleau essaye de mettre Branco en difficulté en insinuant qu’il n’a pas nécessairement de légitimité ou de position claire. Il lui demande de clarifier son éthos. L’ethos en rhétorique, ça désigne l’image que vous renvoyez, l’endroit dont vous parlez. C’est quelque chose auquel vous devez prêter attention parce que ça va faire partie intégrante de la manière dont vous êtes perçu dans une situation tendue. La réponse de Branco ne se fait pas attendre: il lui retourne directement la question. Le chroniqueur se rend compte que sa provocation n’a pas marché et décide d’escalader la situation : d’abord en évoquant son « passé de grand bourgeois ». On peut observer la réaction de Branco à l’écran : il n’en a aucune.

Vous pouvez voir qu’il n’y a aucun changement dans son non-verbal, il est avachi, il se gratte encore le nez. Ca va obliger Nauleau à monter d’un dernier cran; et toujours aucune réaction.

J’aimerais vraiment attirer votre attention sur la puissance du non verbal de Branco. En tant que spectateur, on assiste donc à:

  • d’un côté un agresseur qui gesticule et provoque dans le vent,
  • et de l’autre quelqu’un qui se défend par un puissant détachement, comme s’il était bien au dessus de tout ça.

Qu’est ce que vous pouvez en retenir ? Et bien moi ce que je trouve extrêmement intéressant dans cette séquence, c’est

  • non seulement la capacité de Branco à faire passer celui qui le provoque pour un idiot,
  • mais surtout, l’attitude d’Eric Zemmour.

On va regarder un peu le comportement de Zemmour face à Branco. En fait, il a très bien flairé le piège tendu par le détachement de Branco. Jusque-là, il choisit donc de rester en retrait pour analyser la situation. Vous pouvez même retenir que dans les premières minutes de l’interview Zemmour va décliner une occasion d’intervenir. C’est une posture assez rare chez Zemmour, ça témoigne de la force de la position de Branco. On reviendra sur Zemmour dans la suite de l’article.

 

3. Il arriver à déconsidérer son adversaire en refusant de matcher son énergie

 

Ce qui est très intéressant, c’est que pour celles et ceux qui connaissent Branco, vous savez que c’est quelqu’un qui n’a aucun mal à aller sur le terrain ad hominem quand il le faut. On l’a connu très vindicatif et emporté. Par exemple, dans son interview  avec Apolline de Malherbe chez Bourdin sur BFM TV, à la suite de laquelle il avait saisi le CSA.

Beaucoup de gens le connaissent pour ses emportements passionnés. Mais face à Zemmour et Naulleau, Branco agit de manière radicalement opposée. Après le torrent d’attaques de la part de Naulleau, non seulement il ne montre aucune réaction, mais en plus il commence son intervention de manière vraiment relachée : « Bah vous savez, ‘fin ». Qu’est ce qu’il est en train de faire ?

Et bien il est en train de traduire son relachement non-verbal en relachement verbal. On l’a connu plus formel et plus maitrisé. C’est quelqu’un qui a un vocabulaire très étoffé, qui est avocat. C’est assez surprenant qu’il choisisse de répondre de manière aussi familière. En réalité, c’est une manière de déconsidérer complètement ses adversaires. Le message qu’il leur envoie, c’est: « Ma passion et mes emportements sont précieux. Vous ne valez pas la peine que je les partage avec vous ».

Je ne sais pas si vous vous rendez compte mais au bout de presque 10 minutes d’entretien, Branco a discrédité son adversaire et marqué énormément de points. Tout ça alors qu’il ne répond même pas aux questions.

Maintenant, on va s’attarder sur Zemmour. Que fait Zemmour pendant que son collègue se tourne en ridicule ? Et bien pendant tout ce temps, Zemmour n’a pas décoché un seul mot. Et sa première phrase montre qu’il comprend que Branco a marqué énormément de points face à son collègue: « Moi je suis pas d’accord avec Naulleau ». Il est obligé de se distancer de Naulleau pour pouvoir repartir à armes égales avec Branco.

Dans la suite de l’entretien Zemmour ne commet pas la même erreur que Naulleau : il va rester lui aussi extrêmement calme et détendu. Et ça se traduit pas son non verbal.

Là on assiste donc à deux adversaires qui rivalisent de décontraction. On sent que cette décontraction devient même l’enjeu de l’altercation, c’est à celui qui restera le plus impassible. Branco arrive à maintenir cette décontraction sans faille mais si vous observez bien, il va se trahir à la fin de l’échange. Il part au quart de tour et Anais Bouton est obligée de le rappeler.

Maintenant, faites attention. Ca ne veut pas dire que vous devez prendre tous les coups sans riposter.

Mais quand quelqu’un vous provoque, c’est important que vous distinguiez ce qui relève

  • de l’attaque personnelle

et ce qui relève

  • d’un argument de fond.

Si c’est un argument de fond, vous vous devez de répondre, et Branco le sait très bien. C’est ce qu’on va voir tout de suite.

 

4. Il sait très bien choisir ses batailles pour prendre son adversaire par surprise et le mettre ko.

 

Zemmour va mettre Branco en difficulté en l’accusant de manipuler les gilets jaunes. Branco choisit parfaitement sa bataille puisque là il décide de contre attaquer en restant calme: il accuse Zemmour d’infantiliser les Gilets Jaunes. On voit que ça pique vraiment Zemmour qui perd son calme et ensuite en parasitant la conversation « Ah là vous voulez dire que j’infantilise les GJ. Ah d’accord. » Là vous pouvez voir que le non verbal de zemmour a changé, il est crispé, croise les bras, grimace, hausse les sourcils avec mépris.

Branco a contre attaqué une seule fois en 20 minutes. Mais il a su prendre Zemmour par surprise, et son attaque a été redoutablement efficace. Ce que vous pouvez en retenir c’est que si quelqu’un vous provoque ça peut être très efficace de choisir vos batailles pour contre attaquer en le prenant par surprise.

 

5. Branco maitrise parfaitement ses contradictions, car il a développé un story-telling autour de ça

 

Les êtres humains sont très marqués par ce qu’on appelle le principe de cohérence. Ca veut dire qu’on est très averse à ce qu’on va percevoir comme une contradiction.

Sachez donc que l’une des manières les plus simples pour un adversaire de vous provoquer, c’est de pointer du doigt des supposées contradiction entre ce que vous dites et ce que vous faites. Ca ne manque pas avec Branco, qui est un puits à contradiction apparentes.

C’est quelqu’un qui vient des beaux quartiers, qui est diplomé de Sciences Po et Normale Sup, et qui se rêve gilet jaune révolutionnaire. Mais la force de Branco, c’est que vous ne pourrez jamais l’avoir à ce jeu-là car il a 3 coups d’avance. Il a déjà pensé à ce qui pourrait sembler contradictoire dans son parcours. Et surtout il a intégré ces contradictions à son story-telling.  Ca Zemmour le comprend très bien.

 

Conclusion

De tout ça vous pouvez retenir 3 choses:

  1. Si vous êtes face à quelqu’un qui vous provoque, votre décontraction et votre politesse va le faire passer pour un idiot fini
  2. Ne vous sentez pas obligés de répondre à toutes les agressions verbales.Il vaut mieux une contre-attaque qui va droit au but que 10 contre-attaques molles où vous bafouillez.
  3. Apprenez à répondre aux attaques visant vos contradictions en vous penchant sur vos contradictions apparentes dès maintenant.

Si l’art de la conversation et de la rhétorique vous intéresses, nous avons réalisé un cours sur le sujet ici : Lien vers la masterclasse

 

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